3.7 Aborder la connaissance autrement

La question de la production et de l’intégration des connaissances est cruciale dans une perspective de la TSÉ et du changement de civilisation. Non seulement en réponse au questionnement : « quelles connaissances devons-nous produire ? », qu’est-ce qui demande à être découvert » ?, « qu’est-il pertinent de transmettre à qui et comment ? »; « comment produire les connaissances ? » et « quelles connaissances demandent à être reconnues comme légitimes ou porteuses pour le bien vivre ensemble ? ». Développons quelques éléments clés en réponse à ce questionnement.

La connaissance des dérèglements climatiques commence à être bien connue. Si les premiers avertissements sur le dérèglement climatique survenus dans les années 1970 pouvaient sembler marginaux et laisser sceptiques, les travaux interdisciplinaires du GIECC ne laissent plus aucun doute et parviennent à prédire ce qui risque de se passer. Des conférences internationales se tiennent, des accords internationaux sont signés à la suite de ces études. On sait l’ampleur du problème. On le sait depuis longtemps. Et pourtant « on » ne fait pas grand-chose. La connaissance produite, accumulée, diffusée permet un certain cadrage et une certaine mobilisation. Mais en « haut lieu », chez les gouvernements et les grandes entreprises, ce cadrage se heurte à l’épistémè de la croissance à tout prix : une croyance bien établie, enchassée dans des lois et des institutions, mobilisant des ressources et des investissements, conditionnant des habitudes en fonction d’intérêts visant le court terme. Le savoir sur la crise climatique se heurte à des portes closes.

Le « cadrage de l’éveil », permet de mettre la table et de préparer la suite. Il s’appuie sur des connaissances existences et sur une montée en conscience qui devra s’extirper du sommeil dans lequel elle a été enfermée afin de pleinement se déployer. L’Éveil nous invite à transformer la science du climat en une connaissance dans l’action. Cette connaissance/action, cette praxéologie, se développe précisément dans l’action, l’interaction, la délibération et la réflexion. Cette connaissance/action sera confrontée à des oppositions. Elle suscitera, l’Histoire nous le rappelle bien, des tensions, des conflits et des déchirements. C’est-dire l’importance de tous les gestes, de toutes les initiatives, qui d’une façon ou d’une autre, nous inviterons à édifier la TSÉ dans un esprit pacifique.

Cette remarque préliminaire nous mène à une deuxième. Il importe de dépasser la conception cartésienne de la connaissance comme reflet de la réalité. La connaissance se construit dans l’action et celle-ci transforme la réalité. Il en résulte que le savoir se décline en plusieurs composantes, comme l’a bien démontré ATD Quart Monde1Groupe de recherche Quart Monde-Université (1999), Le Croisement des savoirs. Quand le Quart Monde et l’Université pensent ensemble, Paris, éd. de l’Atelier et éd. Quart Monde. Groupe de recherche action-formation Quart Monde-Partenaire (2002), Le Croisement des pratiques. Quand le Quart-Monde et les professionnels se forment ensemble, Paris, éd. Quart Monde. Aussi : Brun, Patrick. « Croisement des savoirs et pouvoir des acteurs. L’expérience d’ATD-Quart Monde », VST — Vie sociale et traitements, vol. no 76, no. 4, 2002, pp. 55 – 60.: le savoir de vie, le savoir d’action et le savoir académique. Ceux-ci sont complémentaires. La reconnaissance de ces savoirs, leur croisement pose un défi dans la mesure où il s’agit également d’un croisement de pouvoirs. L’intégration du savoir tacite vécu et du savoir d’action dans la connaissance globale est primordiale dans la TSÉ : il importe d’incorporer le savoir des citoyen·ne·s dans l’identification des perspective et leur incorporation dans les transformations à venir.

C’est là une question épistémologique et méthodologique. Elle implique des dispositifs concrets de reconnaissances des savoirs citoyens et des modes de diffusion et d’intégration dans la pratique des uns et des autres.


Notes

  • 1
    Groupe de recherche Quart Monde-Université (1999), Le Croisement des savoirs. Quand le Quart Monde et l’Université pensent ensemble, Paris, éd. de l’Atelier et éd. Quart Monde. Groupe de recherche action-formation Quart Monde-Partenaire (2002), Le Croisement des pratiques. Quand le Quart-Monde et les professionnels se forment ensemble, Paris, éd. Quart Monde. Aussi : Brun, Patrick. « Croisement des savoirs et pouvoir des acteurs. L’expérience d’ATD-Quart Monde », VST — Vie sociale et traitements, vol. no 76, no. 4, 2002, pp. 55 – 60.
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