3.12 Écologie des savoirs et justice épistémique
L’écologie des savoirs reconnaît la diversité des mécanismes de production de connaissances tout en indiquant clairement des différences performatives entre les savoirs produits. Peirce résume à quatre les modes de fixation des croyances : ténacité (croire à ce qu’on croit); le mode autoritaire (un savoir imposé par une autorité); le mode a priori (un savoir agréable ou confortable); enfin, le mode scientifique (lequel permet des accords entre des scientifiques).
De ces quatre modes, Peirce privilégie le processus scientifique de fixations des habitudes de penser. Pourquoi ? Parce que la science représente le moyen le plus approprié pour générer des savoirs du fait qu’ils sont continuellement soumis au doute et donc à l’épreuve d’une quête perpétuelle de recherche de la vérité.
L’écologie des savoirs rend compte de cet environnement meublé de mécanismes plus ou moins simples et plus ou moins complexes permettant de générer des connaissances. Un environnement qui inclut l’ensemble de la population, des organisations et des institutions et qui les voit entrer en relations plus ou moins valorisantes et plus ou moins avilissantes.
Peirce n’aborde pas vraiment l’enjeu du pouvoir si ce n’est pour l’associer à un mode de production et de gestion des connaissances. Cependant, Dewey prolonge l’épistémologie peircienne en abordant la place du politique dans le processus de production des connaissances. Lequel processus est associé à un travail d’enquête nécessitant une participation de l’ensemble des parties prenantes concernées par la résolution d’un problème.
La démocratie participative devient alors une condition sine qua non du processus d’enquête. Lequel processus repose, pour Peirce et Dewey, sur l’utilisation de la démarche scientifique, au sens de recours à sa méthode d’investigation. Cette méthode exige d’être perméable aux visions de l’ensemble des parties prenantes. Ces dernières sont appelées à participer au processus de montée en connaissance, c’est-à-dire, de résolution sociale d’un problème ayant une composante sociale. Cette participation est d’autant plus importante que la définition du problème est partie prenante de l’enquête. Plus cette définition sera inclusive et respectueuse des avis, des opinions, des savoirs… plus elle permettra une couverture large du champ du problème à résoudre et plus elle s’ouvrira à une conceptualisation inclusive des actions à mener pour répondre au problème.
Le pragmatisme mis en scène par les travaux de Peirce et Dewey va au-delà du croisement des savoirs, il invite aussi au croisement des pratiques et à une gouvernance collective de la démarche. La démocratie participative s’inscrit alors dans la démarche scientifique pour en compléter la boîte à outils.