3.3 Adopter une pédagogie mixte favorisant une grande convergence
Instaurer un nouvel ordre civilisationnel requiert un Nouvel Esprit du Temps, tel celui qui émergea au fil des siècles sous la forme du cadrage culturel qu’ont promu les Temps Modernes, et, en particulier, la période charnière et accélératrice que fut le siècle des Lumières eu Europe. Passer de l’esprit moderne à l’« esprit de l’Éveil » ne se décrète pas par injonction. Ceci demandera à être construit à l’intérieur ou à l’interstice des ordres sociétaux existants.
Un tel processus d’idéation transformatrice est advenu par le passé et sur le long terme, à travers des démarches hétérogènes souvent en compétition les unes avec les autres. La crise globale et planétaire actuelle exigera quant à elle une réponse rapidement bien pensée et lucide. Elle nécessitera une accélération des processus et des dynamiques requis pour définir une nouvelle dépendance de sentier·s1Au « singulier – pluriel » pour témoigner d’Un nouveau rapport à la Nature, donc d’un sentier commun, lequel peut difficilement faire autrement que se matérialiser dans une diversité de sentiers, à la façon des affluents qui nourrissent une rivière, où des racines qui alimentent un arbre : c’est l’unité dans la diversité..
Toutefois cette rapidité demandera une grande vigilance afin d’accélérer les transformations sans donner prise aux dérives facilitantes fondées ou basées sur la compromission et la recomposition des ordres anciens.
Pour agir avec prudence, clairvoyance et célérité, la démarche proposée comptera sur de nombreux acquis, réalisations et exercices en cours.
- Les éléments clés – sous la forme d’idéations, de propositions et de réflexions – pour s’engager dans l’Esprit de l’Éveil sont existants. Toutefois, ils sont disséminés et éparpillés dans une multitude de lieux et évoluent sur des voies parallèles.
- De nombreuses expériences, initiatives et réalisations ont eu cours ont Québec et ailleurs dans le monde montrant qu’il est possible, ici et maintenant de faire autrement. La mise en relation et en discussion de ces initiatives est source d’apprentissages riches et nombreux, susceptibles de dynamiser la généralisation de ces initiatives.
- L’histoire montre qu’il est possible d’unifier les efforts pour la transition. Pour cela, un leadership fort, inclusif, ‘distribué et partagé’ de réseaux est requis. Ce leadership aura pour défi de transformer des actions centripètes en une mouvance centrifuge. Ceci devrait favoriser un mouvement de convergence entre les alternatives existantes. À l’image du processus naturel de l’évolution par lequel la Vie émergea et s’étendit, le défi sera de voir converger sans être aseptisée les identités mobilisées et mobilisables et celles en devenir.
Le constat d’un nécessaire renouvellement des bases matérielles objectives du vivre ensemble reposera sur deux scènes d’actions interreliées (praxéologie). La première est cognitive. Elle permettra de définir les dimensions éthique et esthétique du nouvel esprit de l’Éveil. La deuxième est pragmatique. Elle favorisera le développement de contenus sociétaux à visée insertive, intégrative et respectueuse.
Pour faciliter la diffusion de l’Éveil, cela demandera une approche pédagogique mobilisant différentes voies d’expression de la démocratie : de représentative à directe en passant par la démocratie délibérative. Il s’agira de le faire pour :
- construire collectivement les fondements d’un Nouvel ordre émancipateur ; et,
- mobiliser le public concerné et engagé en matière de transition sociale et écologique afin de générer « Une Voie parmi les Voix ». Une voie de convergence croisant les voix de mouvements sociaux, d’organisations de la société civile, de mouvances autonomes, de groupes formels et informels, de représentants et représentantes agissant au cœur de petites, moyennes et grandes entreprises, organisations ou institutions, de populations…
Il s’agira d’initier une démarche de mobilisation à penser et à développer à partir d’un noyau de personnes issues de quelques organisations afin de générer des « cellules d’amorce » et d’en élargir la portée en fédérant ou affiliant des réseaux et en se transformant en mouvements sociaux. Le tout favorisa le développement « d’états généraux » à établir aux échelles territoriales appropriées (Quartier/Communes/Villes/Québec/Canada/Continents…)
Une telle approche stratégique, reposant tant sur l’intérêt de petits, moyens et grands réseaux, que sur une mobilisation élargie de la population (les publics de John Dewey) en vue de la réalisation d’États-généraux, permettra :
- de générer des consensus élargis sur le grand récit ;
- de penser, d’appuyer et de documenter de nouvelles idéations mises en pratique ;
- de présager – construire le cadrage méta institutionnel « écocentrique » requis pour loger le grand récit et accueillir les pratiques ; et,
- de mobiliser de plus en plus largement pour, écologiquement parlant, constituer une Commune Humanité au sein d’une Commune Naturalité.
La pédagogie percolative de mobilisation, de montée en intérêt et de convergence exigera des fondements sur lesquels s’appuyer. Ces fondements représenteront les éléments d’unepremière proposition de travailau sens où il importera de générer :
- un récit2Voir par exemple la démarche de Solon : https://solon-collectif.org/. de départ à modifier et à enrichir ;
- une cartographie3Une démarche en ce sens a été amorcée par le TIESS : https://www.passerelles.quebec/cartographie#/carte/@48.05,-68.01,6z?cat=al. initiale de pratiques à valider ou à innover ;
- les prolégomènes d’une matrice institutionnelle à mettre en action :
- un ordre juridique du commun fondé sur l’écocentrisme : un nouveau rapport à l’environnement respectueux du principe d’étendue de la Nature ; ce qui demande minimalement de passer d’une approche individualiste des droits à une approche relationnelle4Une approche relationnelle des droits amène à trouver un compromis au vu du contexte social et environnemental. Il s’agit de prendre en compte tant les besoins humains que les besoins de l’écosystème. La liberté humaine n’est pas niée, elle est contextualisée dans sa relation aux éléments naturels. (Petel, op. cit., p. 231).;
- une logique marchande et financière du commun5Nous avons maintenant le choix entre une intégration de la critique environnementale dans la grille de lecture capitaliste par le prisme de la valeur marchande ou la redéfinition de notre relation avec le monde naturel dans des termes qui ne sont pas ceux du marché. À travers la reconnaissance des droits de la nature, il est permis selon nous d’esquisser un rapport homme-nature qui ne réduit pas à la seule rationalité économique. (Ibid., p. 219). ou les ‘incitatifs moraux’ primeront sur les ‘incitatifs économiques’;
- une approche croisant logique filiative et contractuelle pour générer des organisations et des institutions fondamentalement encastrées dans la diversité des champs sociétaux, au sens polanyien du terme, et soumises à des modalités de régulation socio-écologiques ;
- un retour en force de la ‘valeur’ d’usage et une priorisation de la valeur écologique (équilibre écosystémique sain entre l’altérité des êtres ou des substances et leur incontournable dépendance relationnelle);
- une définition du travail liée à l’activité humaine dans son ensemble et non uniquement à l’activité économique ;
- la dissolution des rapports sociaux en relations sociales6L’idée sous-jacente est d’atténuer les fractures sociales et territoriales partie prenante des rapports sociaux.;
- une stratégie de ‘percolation sociale’ fondée sur une pédagogique inclusive et démocratique visant la construction d’une nouvelle scène d’action politique.
Notes
- 1Au « singulier – pluriel » pour témoigner d’Un nouveau rapport à la Nature, donc d’un sentier commun, lequel peut difficilement faire autrement que se matérialiser dans une diversité de sentiers, à la façon des affluents qui nourrissent une rivière, où des racines qui alimentent un arbre : c’est l’unité dans la diversité.
- 2Voir par exemple la démarche de Solon : https://solon-collectif.org/.
- 3Une démarche en ce sens a été amorcée par le TIESS : https://www.passerelles.quebec/cartographie#/carte/@48.05,-68.01,6z?cat=al.
- 4Une approche relationnelle des droits amène à trouver un compromis au vu du contexte social et environnemental. Il s’agit de prendre en compte tant les besoins humains que les besoins de l’écosystème. La liberté humaine n’est pas niée, elle est contextualisée dans sa relation aux éléments naturels. (Petel, op. cit., p. 231).
- 5Nous avons maintenant le choix entre une intégration de la critique environnementale dans la grille de lecture capitaliste par le prisme de la valeur marchande ou la redéfinition de notre relation avec le monde naturel dans des termes qui ne sont pas ceux du marché. À travers la reconnaissance des droits de la nature, il est permis selon nous d’esquisser un rapport homme-nature qui ne réduit pas à la seule rationalité économique. (Ibid., p. 219).
- 6L’idée sous-jacente est d’atténuer les fractures sociales et territoriales partie prenante des rapports sociaux.