3.10 Construire des institutions et des actions collectives aptes à soutenir la transition
Le Manifeste de l’Éveil soulève l’enjeu d’une bonne et saine gestion des pouvoirs. Si, selon John Rogers Commons, l’institution est l’action collective qui vient baliser l’action individuelle, il est clair que nous devrons penser des institutions qui devront également être en mesure de baliser l’action collective. Sur les espaces révolutionnaires à investir, nous devons tenir compte de cette réalité, de cette lutte entre pouvoirs : entre ceux de la domination et de l’émancipation.
L’expression action collective telle que nous l’entendons ici dépasse la conception courante d’une action commune et concertée1Commons, J.R. (1950). The economics of Collective action. New York : The Macmillan Company.. Nous entendons ici tout ce qui fait agir ensemble des collectifs humains, au sens pragmatiste du terme (Peirce, James et Dewey). L’action collective est l’ensemble des gestes, comportements, usages, règles, habitudes régissant l’action d’un collectif humain, peu importe que ses membres se connaissent ou pas. Ainsi comprise, les employé·e·s d’une entreprise multinationale ayant des établissements partout dans le monde ont une même action collective : le même employeur, les mêmes produits, le même uniforme, le même objectif, les mêmes valeurs, etc. Tout mouvement social possède également son action collective : avant d’être une action concertée, il s’agit du déploiement d’un même cadrage, de gestes concordants, de valeurs, d’un langage etc. C’est l’action collective qui met en branle les gestes, qui transformeront l’existant. L’action collective intègre les institutions. Or, comme le souligne Elinor Ostrom : « il ne faut pas croire qu’il ne peut y avoir d’autres institutions que celles créées par l’État »2Citée par Pierre Dardot et Chrisitan Laval (2014). Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, Pris, La Découverte, p. 149, note 22..
L’enjeu est précisément là : construire des règles, des collectifs humains, des visions, un récit qui permettent à un mouvement de la transition socio-écologique de converger et de se reconnaître pour ce qu’il est, sur ses propres bases, de poser les gestes qui traceront un chemin pour la suite. En bref, construire « nos » institutions et « notre » action collective, quitte à croiser les institutions existantes qui n’ont pas été construite pour favoriser la transition.
Il importe de comprendre ici comment émerge l’action collective et comment celle-ci « contrôle », permet l’action à venir.
Notes
- 1Commons, J.R. (1950). The economics of Collective action. New York : The Macmillan Company.
- 2Citée par Pierre Dardot et Chrisitan Laval (2014). Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, Pris, La Découverte, p. 149, note 22.