Première Infolettre du Manifeste de l’Éveil
Infolettre – 01 – 2023/11/12
Le Collectif les Artisan·ne·s du Recul des Frontières de l’Impossible (C@ARFI) a le plaisir de lancer la première édition de l’Infolettre de l’Éveil
Rappel
C@ARFI est né de la volonté de porter un regard critique et pédagogique sur la façon d’accompagner les processus et les dynamiques propres aux modalités de transition en cours. Nous désirions développer un outil critique qui permettrait de doter chaque grand paradigme transitoire – de la transition énergétique à la décroissance en passant par le convivialisme – de points de repère sur les incontournables à prendre en considération lorsque qu’il importe d’innover à l’échelle civilisationnelle. Modifier l’esprit du temps en vue de proposer de nouveaux arrangements organisationnels et institutionnels ne s’improvise pas, ni se décrète. C’est une construction progressive, brique par brique, à opérer collectivement.
D’où la proposition d’un Manifeste et d’un aide-mémoire sur les éléments clés à considérer pour une transition efficace, efficiente, juste et pertinente.
Un objectif clair
La raison d’être de l’infolettre est simple. Elle se veut un espace de débats, d’exploration et de veille. Elle vise le développement d’échanges en vue de bonifier le texte du Manifeste et surtout, de rendre plus facile sa diffusion auprès d’une diversité d’acteurs sociaux.
Au fil des échanges, d’éventuels débats, de compte rendus, d’avancées et de reculs en fonction de l’évolution de la conjoncture, C@ARFI s’est défini en position apprenante afin de produire de nouvelles versions du Manifeste. Les mises à jour seront effectuées à même les éléments de bonification qui découleront des conversations qui accompagneront la diffusion du Manifeste.
Le premier sujet de conversation que nous proposons est lié à l’actualité. Il se penche sur la COP28 qui aura lieu à Dubaï du 30 novembre au 12 décembre.
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L’Éveil au regard de la COP28
Une transition est en cours. Elle est principalement présentée et promue par les différents paliers de gouvernement et la classe d’affaires sous la forme d’une transition énergétique. Même si les Objectifs de développement durable de l’ONU touchent une variété de dimensions, les promoteurs et promotrices de l’approche par transition énergétique ont fait le pari que la mitigation de la crise climatique passerait essentiellement par une substitution. Il s’agira de remplacer les énergies fossiles par des énergies dites douces : éco-performance, électrification, bio-carburants, hydrogène vert, dé-carbonisation, énergie solaire, transport vert…
Faut-il faire plus ?
Il semble que oui, et là se situe l’apport du Manifeste de l’Éveil. Nous avons identifié les conditions à déployer pour permettre des changements en profondeur. La transition, pour être pertinente, doit composer avec l’ensemble des grands défis sociaux, et non avec la simple extension de certains d’entre eux.
En ce sens, et de façon intéressante, le communiqué de « l’Emirates News Agency – Wam », émis le 19 octobre 2023, présente le « Business & Philanthropy Climat Forum » qui se tiendra la première semaine de la COP28. Le communiqué précise la dimension sociale propre à la transition énergétique.
La transition énergétique devra être juste, ordonnée et inclusive. Elle devra placer la vie et la Nature au-devant de la scène. Venant du monde des affaires, ces affirmations surprennent. Cette posture représente une révolution copernicienne puisque le fonctionnement même des mécanismes du marché.
De façon encore plus intéressante, le communiqué présente des déclarations empreintes de rhétorique, laissant entendre de grands pouvoirs d’action et une volonté du monde des affaires d’agir dans une même direction.
Les mots d’ordre – audace, ambition, travail collaboratif, investissements… – sont les expressions utilisées pour témoigner de la capacité d’engagement du monde des affaires. Les défis climatiques, comme le révèlent les membres du GIEC depuis sa création, témoignent que ce n’est pas le climat qui pose un problème. Ce sont les comportements anti-climatiques adoptés par tout modèle économique reposant sur l’extractivisme. La cause du problème est fondamentalement humaine.
Toutes les collectivités, aux quatre coins de la planète, contribuent aux dérèglements climatiques. Elles ne le font pas de la même façon, ni avec la même intensité, pas plus qu’elles n’ont toutes les mêmes responsabilités vis-à-vis la crise mondiale et globale qui nous affecte. Le monde des affaires est au nombre des grands acteurs responsables de l’accélération de la crise écologique. D’où l’importance de la prise de parole du Business Forum, puisqu’il implore les gens d’affaires d’adopter de nouvelles valeurs et d’appliquer les principes requis pour développer, selon leur volonté, « des initiatives climatiques transformatrices et inclusives pour un avenir durable ».
À l’heure où l’inflation galvanise les prix, où les conflits armés de grande importance font rage, où nous émergeons péniblement d’une période pandémique qui nous fait oublier l’essentiel – le rappel de notre fragilité et vulnérabilité face à un simple virus –, nous pouvons nous demander comment et en quoi les travaux du « Forum Business & Philanthropy » seront en mesure d’établir, selon les intentions présentées dans le communiqué de WAM, « une nouvelle norme audacieuse pour les futures COP ».
Ce ne sont pas les normes développementales qui nous manquent, ni les énoncés éthiques, ni les déclarations salvatrices… Les Nations Unies disposent d’un arsenal de textes, de documents signés et adoptés par les plus hautes instances politiques en matière de droits et de responsabilités. Et pourtant, cette même organisation n’arrive pas à les faire respecter et encore moins à les voir appliquer.
Toujours selon le communiqué, il ne s’agit pas seulement de « combler le déficit de financement annuel de plus de 3 000 milliards de dollars US nécessaire pour parvenir à des émissions nettes nulles, inverser la tendance à la perte de la nature et restaurer la biodiversité ». Il s’agit fondamentalement de s’entendre collectivement sur une nouvelle représentation du vivre ensemble. Un vivre ensemble qui reposera sur un rapport à la Nature qui sera respectueux de ses droits évolutifs et sur des relations sociales saines et décentes entre humains.
Il importe d’accueillir avec intérêt et lucidité la tenue du « Business & Philanthropy Climat Forum »
Accueillir avec intérêt, car, comme nous le mentionnons dans le Manifeste, la transition est affaire de tous et de toutes, sans exception. Tout le monde doit participer au grand élan collectif requis pour nous doter d’une représentation socialement juste et écologiquement viable du vivre ensemble, et donc, d’un nouveau rapport à la Nature.
Cette prise de position inclut la discussion concernant les choix à poser pour orienter ladite transition. Ces choix peuvent favoriser la transition, en diminuer la portée ou l’orienter vers un accroissement des injustices. Le danger est omniprésent et il faut rester sur nos gardes. C’est ce que font les analystes de la stratégie centrée sur le lithium, comme ressources clé pour permettre la permutation vers les véhicules électriques. Le choix du lithium n’est pas sans poser des problèmes. Il accentue l’extractivisme, d’une part, et les rapports internationaux inégaux, d’autre part.
Accueillir avec lucidité bien évidemment. Il ne s’agit pas de nier l’importance de bien financer la transition. Le financement de cette dernière demandera un esprit du temps qui ne reproduira pas les facteurs déterminants au fondement de la crise mondiale et globale que nous vivons actuellement. Sans une vision éthique collective, la transition pourrait aussi bien intensifier cette crise.
Bref, la transition énergétique n’est pas forcément une transition écologique et une transition écologique n’est pas nécessairement une transition sociale.
Mots clés : COP28, Éveil, GIEC, Infolettre, Manifeste de l’Éveil, Marché, Monde des affaires, Philanthropie, Transition sociale et écologique