Civilisation
Concept hautement controversé, le terme civilisation véhicule l’idée de progrès, d’avancement et donc de supériorité d’un ordre sociétal sur un autre. Serait civilisé tout groupe social qui aurait atteint un niveau de développement considéré supérieur à celui de sociétés ou de communautés dites « sauvages » ou « barbares ». Les sociétés sauvages, à l’image des récits rapportés par les colonisateurs européens en Afrique ou dans les Amériques, rendaient compte d’un état de développement jugé premier ou « primitif » et donc inférieur.
Selon cette représentation évolutive des sociétés humaines, les sociétés barbares marqueraient une étape évolutive supérieure à « l’état sauvage ». Dans les sociétés barbares, il aurait été observé des formes organisationnelles et institutionnelles plus complexes que celles relevées dans les « sociétés premières », marquant alors une évolution considérée positive.
Enfin, au fait d’avoir atteint le statut de peuple « civilisé », serait associé la responsabilité de civiliser, c’est-à-dire de transmettre aux peuples « non civilisés » les acquis de la civilisation afin de leur faire profiter des soi-disant avancées de la civilisation.
À cette posture évolutive, hiérarchisante et discriminative correspond un autre sens au mot civilisation. Il permet de qualifier la forme du développement culturel commun à un exemple de sociétés et d’attribuer un qualificatif permettant de regrouper, sous les mêmes traits, des sociétés partageant un ensemble complexe d’attributs culturels.
Il y aurait ainsi présence de civilisations dès l’ère préhistorique. Elles seraient essentiellement qualifiées à l’aide de données archéologiques reposant principalement sur les transformations observables dans le développement de technologies pour travailler la pierre. Il fut alors possible de regrouper les cultures humaines de la préhistoire selon les technologies de taille ou de polissage de la pierre. Trois niveaux civilisationnels ont alors été identifiés : ceux du Paléolithique (âge de pierre ancienne), du Mésolithique (de la pierre moyenne) et du Néolithique (nouvelle pierre, en référence à la pierre polie).
Succèderaient après les grandes périodes de la préhistoire humaine, des civilisations fondées sur un mode de subsistance fondé sur l’agriculture et l’élevage. Les civilisations prennent alors un qualificatif géographique – l’aire civilisationnelle de la Mésopotamie – ou carrément identitaire : les civilisations égyptienne, chinoise, indienne, grecque…
Dans le cadre du Manifeste, nous retenons le deuxième sens attribué au mot civilisation, à savoir, ce qui permet de regrouper sous un même qualificatif un ensemble d’attributs culturels caractérisant une formation économique, politique, culturelle et sociale. Une telle formation regroupe généralement un ensemble de sociétés qui partagent lesdits attributs.
Dans une production contemporaine, Samuel Huntington (1996), définit la situation civilisationnelle actuelle non pas comme un tout unifié autour d’une civilisation, mais elle serait constituée d’espace multipolaire où coexistent huit civilisations. Il définit une civilisation à l’aide d’une variable identitaire culturelle forte et intégrative autour de laquelle s’agglutine un ensemble de sociétés. Nous ne partageons pas ce point de vue et considérons notre époque historique comme étant la première ère unifiée de l’histoire humaine au plan civilisationnel. Cette unité est observable à l’aide de trois indicateurs. Le premier est qu’il existe présentement un ordre social institué à l’échelle mondial, lequel est sous la gouverne d’un ensemble d’arrangements institutionnels régis par une diversité d’organisations internationales, à l’image des Nations Unies. Le deuxième est la présence d’une formation économique et sociale qui moule et oriente, en fonction d’une même rationalité, le fonctionnement des sociétés. Le troisième est que cet ordre permet un foisonnement culturel sans que ce dernier ne remette en compte, ni la rationalité d’ensemble, ni l’ordre institué. Nous sommes donc en présence d’une modernité mondialisée.
Parler de nouvel ordre civilisationnel s’inscrit dans une proposition révolutionnaire visant à transformer les attributs de l’ordre actuel, celui de la modernité mondialisée, au profit d’un nouvel ordre, celui de l’Éveil. À la civilisation moderne mondialisée nous proposons la civilisation de l’Éveil.